Sainte-Rose-du-Nord / Tadoussac

 

Le majestueux fjord du Saguenay, 5 journées de navigation à l’agenda. Première interrogation : comment quitter de Sainte-Rose-du-Nord et retrouver sa voiture à Tadoussac ? Nous sommes que deux personnes, moi et ma copine, et nous avons qu’une seule voiture. Je cherche un moyen pour retrouver la voiture à notre sortie du plan d’eau. Comme nous quittons la région montréalaise, il me semble absurde de se rendre à Tadoussac à deux voitures. Recherche sur Internet, la  solution la plus simple sera d’utiliser l'option de la Ferme 5 Etoiles avec leur service de navette : Nous laissons la voiture à Sainte-Rose-du-Nord, quelqu’un viendra la prendre et la laissera à Tadoussac (Plusieurs fois que nous testons, moi ou des amis, ce service, rien à redire. Tout est parfait.)

 

21 Juin 2010. Saint-Félix-de-Valois / Camping SEPAQ Baie Sainte-Marguerite.

Première journée, le départ de Saint Félix de Valois et direction Tadousssac. Une fois sur la rive nord du fjord, direction Sacré-Cœur et la Ferme 5 Etoiles. Régler la solution pour le transport de la voiture et se trouver un camping pour la nuit. Se rapprocher un peu plus de notre point de départ, Sainte-Rose-du-Nord, nous allons dans le parc de la Sépaq, baie Sainte-Marguerite. Sauf les insectes, il n’y a presque personne. Préparer le plan de route, le matériel, prendre une bonne bière et le tout devant un bon feu. Je ne sais pas si cela est sage, mais je donne rarement un plan de route détaillé. J’indique à mon frère l’itinéraire, oû nous serons approximativement entre t-elle et t-elle date.Il y a quelques villages en chemin, ainsi que deux pavillons de la Sépaq. Ici, le téléphone cellulaire ne fonctionne plus, sauf à la proximité de l’Anse-Saint-Jeant et Tadoussac. Le seul moyen de communication demeure la radio VHF – s’il y quelqu’un non loin... Bref. Nous serons sortis de l’eau vers le 25 ou 26 juin.

Par téléphone, j’ai fait les réservations pour 4 nuits. Nous traverserons de la rive sud à la rive nord à deux reprises. Il est recommandé de rester, habituellement, sur un seul côté du fjord.

 

22 Juin 2010. Sainte-Rose-du-Nord / Baie Eternité - Delta (environ 13 miles).

 

C’est la première grosse sortie avec la copine. Trois jours l’an dernier sur le Saint-Maurice (La Tuque / Grandes-Piles), cette fois-ci, le plan d’eau est différent. Un peu plus vaste, plus de vagues et une nouveauté pour la copine : les marées. Je lui explique qu’être à 100 mètres du bord ou 1 mile au large, c’est à peu près la même chose, que les vagues dans les fesses, finalement, c’est agréable et qu’il est toujours plus efficient d’attendre le jusant. Certaines journées seront d’ailleurs plus longues que d’autres. Seul Hic ? Expliquer que je sais à peu près ou nous allons.

Arrivée à la jetée de Sainte-Rose-du-Nord, un vieux monsieur arrive. Pas le temps de souffler, faut payer 2 $ par kayak, les assurances de la municipalité. 

Mise à l’eau après un club-sandwich partagé à deux, l’eau est calme et il n’y aucune vague. De quoi mettre la copine à l’aise. Le paysage est merveilleux. Des deux côtés, les falaises. La rivière coule lentement, c’est le début de la mise en forme. La première heure m’est toujours au ralenti. Comme un diésel, j’ai cette période de rodage. Question fort simple qui me vient à l’esprit : Qu’est-ce que je fais là ? Rêver un voyage, le planifier, le préparer et une fois sur l’eau, le doute. Il faut se rendre à l’évidence, se pincer, se convaincre que nous y sommes. Mais plus les coups de pagaies se font et plus ces interrogations se dispersent.

 

Nous sommes dans la 2 heure du jusant, nous allons parcourir notre première journée en moins de 4 heures. J’ai une carte marine avec moi, mais pour retrouver notre campement, j’ai une vieille carte de la Sépaq. Selon cette dernière, le campement se trouve au fond de la baie Eternité. Je sais qu’il me faut trouver un drapeau du Québec, mais pas facile. « Est-ce que l’on arrive ? » C’est quelque part là-bas, je ne sais pas oû exactement, alors il faut longer le rivage et chercher. Après une dizaine de minutes, je vois le drapeau du Québec au loin. C’est trouvé, première nuit de camping sur le fjord. Et la copine qui découvre ses premières battures. L’art de marcher dans la vase avec tout son matériel. La joie !

 

Le camping Delta est un emplacement disponible autant pour les kayakistes que les randonneurs. L’endroit est sympathique et assez reculé de toutes activités humaines. Comme nous sommes en début de saison et en début de semaine, il n’y a personne. Ce soir, nous serons seuls. Sauf peut-être les quelques animaux qui tournent autour. Je ne suis pas un expert en caca, mais il y en a énormément. Ours, chevreuil, orignal, je ne pourrais pas dire, mais il y en a beaucoup.

 

23 Juin 2010. Delta / Baie Sainte Marguerite (Distance environ 13 miles).

 

Même distance en miles que notre première journée, mais, cette fois-ci, nous avons droit à un joli vent de face. Bonjour les moutons et le sentiment de ne pas avancer. Madame sera fatiguée et madame aura faim. Sûrement est-ce moi qui lui en ai trop demandé - à prendre en considération la prochaine fois, bien évaluer la force de votre partenaire de voyage. Couper les distances entre les relais.

 

Petit déjeuner et ranger le tout dans les kayaks, nous prenons la direction de l’accueil pour remplir nos bouteilles d’eau. Nous sommes dans la section de Baie Eternité, il n’y a pas d’eau potable (certaine à 100%), sauf des bouteilles de 500 ml en vente. Pour remplir nos bouteilles, je vais à la salle de bain et j’utilise ma pompe MSR. En plus de nos réserve d’eau de nos  VFI  (1,5 L.), nous avons environ chacun 3 à 4 litres en réserve. Ceci n’est pas une quantité énorme d’eau, mais il y a toujours une source à chaque emplacement que nous camperons. Alors chaque matin sera une session de pompage (certains copains, que je ne nommerai pas, Daniel et Éric, ont l’habitude de pomper leur eau, en plus de rajouter des capsules. Double protection). Certains gens du coin vous diront que l’eau est bonne et qu’il n’y a pas de problème. Personnellement, un petit pompage, juste au cas, me convient.

 

Débute ensuite notre plus grosse journée de ce voyage. Longer la rive droite juste avant l’Anse Saint-Jean et ensuite traverser le fjord. Couper en diagonale, direction rive gauche. A ce moment, si vous avez une envie, il est suggéré d’y aller avant, car cela peu prendre quelques temps. S’il y a quelques petites vagues de face, gracieuseté d’un vent qui remonte, vous pouvez trouver le temps long à atteindre l’autre rive.

 

Habituellement, je quitte toujours à l’étale, juste avant le jusant. Il est ainsi plus facile, avec un kayak chargé, de mettre à l’eau. De plus, avec la marée qui descend, j’espère améliorer ma vitesse. Étrangement, il me semble que les courants de marées soient moins rapides sur le fjord, surtout en amont de l’anse Passe-Pierre. Si je compare à certains endroits sur le fleuve, comme entre l’île aux Coûdres et la rive nord ou sous le pont de Québec, c’est tout autre sur le Fjord.

 

Ce qui nous a pris que quelques heures la veille, pour la même distance, aujourd’hui nous avons le sentiment que nous n’arriverons jamais. De plus, la copine à faim et veut aller au petit coin. Mon objectif de la mi-temps était de se rendre jusqu’aux îlets Rouges, une petite île charmante avant l’anse Gagnon,  pour casser la croûte, mais j’ai droit à ce regard qui tue : Now ! Finalement, cap sur la berge en face de l’anse Saint-Jean. Un petit rocher tranquille pour savourer une superbe soupe Chunky bien chaude. Cela remonte le moral de la copine.

 

Départ pour se rendre à notre deuxième campement, nous allons quand même nous arrêter aux îlets Rouges. Selon mes informations d’un précédent voyage avec un guide, cette île servait de zone d’observation pour les amérindiens. En hauteur se trouve une petite grotte ou il est possible de se mettre à l’abri du mauvais temps, en plus d’avoir un point d’observation sur tout ce qui se passe sur le fjord. Endroit idéal que cette île, un arrêt obligé si vous visitez le fjord.

 

Dernier effort pour l’anse à Tanis, deuxième campement de ce voyage. Il est temps d’arriver, la copine est presque au bout du rouleau. Pour être déjà venu dans le coin, j’ai une vague idée ou l’endroit se trouve. Un peu avant la baie Sainte-Marguerite, mais je ne peux mettre un point sur la carte : c’est environ dans ce coin.

 

-Tu verras, il y a une pointe avec un drapeau du Québec. Superbe vue avec, en face,  l’île Saint-Louis.

 

Nous croisons une gigantesque paroi rocheuse et comme par magie, au virage, voilà le campement. Nous sommes à la 4ième heure du jusant, nous aurons droit à un petit portage. Un exercice pas trop agréable sur les algues, car le risque de glisser est assez élevé. Une fois devant l’emplacement, deux garçons, installés tranquillement devant un feu, nous saluent. Un peu comme moi, ils sont étonnés de rencontrer d’autres kayakistes. Comme nous sommes tôt en saison, ils s’attendaient à être seul.

 

Éric et Daniel font le fjord Saguenay depuis quelques années, c’est un peu comme leur rituel annuel. Celui de se retrouver tranquille entre ami, pas de femmes et pas de tracas. La belle vie quoi ! Comme nous allons le même chemin, nos routes vont se poursuivre ensemble jusqu’à Tadoussac. De plus, comme Daniel voyage avec une hache, il est le compagnon idéal pour préparer le feu de soirée.

 

24 juin 2010. Baie Sainte-Marguerite / Pointe Passe-Pierre ( Distance environ 9 miles)

 

Initialement, nous étions supposés passer une nuit supplémentaire sur le Fjord. Traverser sur l’autre rive. Une météo peu clémente est annoncée pour les prochains jouers. Nous décidons de continuer jusqu’à la Pointe Passe-Pierre, pour ensuite faire une sortie de plan de route à Tadoussac. Une journée plus tôt.

 

C’est la première fois que je vais jouer dans les environs de Tadoussac. La rencontre entre le Fjord qui se jette dans le fleuve Saint-Laurent. J’ai beaucoup lu sur cet endroit, je ne sais pas trop comment l’attaquer. Selon la littérature, la situation, selon l’heure des marées, peut être intéressante : courant plutôt fort, clapotis et, of course, gérer les trois traversiers. Être plusieurs, pour une première fois, sera un plus à notre sécurité.

 

Sans faire trop de bruit, nous quittons baie Sainte-Marguerite. Nous sommes dans la zone des bélugas. Nous allons traverser la baie et nous ne verrons rien. Toutefois, au loin, le « village » de  l’Anse-de-Roche. Avec les garçons, il est décidé que nous nous arrêterons au restaurant qui se trouve à la marina. Petit restaurant / bistro, fort sympathique. Manger une chaudrée de palourde, un panini jambon et une salade… (Sans oublier l’entrée de nachos avec fromage et tomates). Le Bistro du Fjord n’est pas ouvert à l’année. De plus, il arrive parfois que le chef s’absente entre les heures de repas. Alors, certains repas sur le menu ne seront pas disponibles. Toujours préférable de vérifier à l’avance.

 

Encore quelques kilomètres, très peu, pour notre 3 campement, Pointe à Passe-Pierre. Ici, il est assez important d’arriver avant que la marée soit basse. L’estran est assez long, ce qui rend la fin de journée ennuyante quand le kayak est plein. Mais cela fait partie du jeu. Nous arrivons assez tôt, nous passons à la droite de la presqu’île (portion en aval), car il est plus facile d’accoster et de transporter le matériel sur la berge. De l’autre côté, en amont de la presqu’île, l’estran est plus long, plus glaiseux en plus d’être parsemé d’une multitude de roches. Bref, je suggère fortement de passer par la partie en aval de la presqu’île qui vous apporte à la berge. Même à la 4ième heure de marée descendante, il y a moyen de passer et d’atteindre la berge.

 

La Pointe à Passe-Pierre a cette particularité d’avoir ses plates-formes en hauteur. Pour installer sa tente, il faudra monter les escaliers. Un abri-cuisine  à mi-chemin, des campements éparpillés, une source un peu plus loin, des toilettes sèches et un sentier pédestre qui traverse le tout. Premier campement en amont, rive nord, de Tadoussac, nous allons rencontrer quelques randonneurs qui viennent aussi dormir au campement. Pour se faire un feu, il y a deux possibilités : une non loin de l’abri-cuisine, à mi-chemin des escaliers et l’autre en bas, non loin de la berge. Comme l’abri-cuisine est un peu en forêt, à l’abri du vent, inutile de dire que le monde des bibittes y est plus nombreux.

 

Daniel, avec sa hache et pendant presque une heure, se lance frénétiquement dans la coupe de bois. Pour ce soir, nous allons avoir un feu digne de la Saint-Jean. Nous avons de quoi fêter, ceci est notre dernière soirée sur le fjord. Demain, la plage de Tadoussac.

25 juin 2010. Fin du plan de route, Pointe à Passe-Pierre / Tadoussac.

 

Un peu plus de 5 miles (environ 9 km) pour cette dernière journée. Destination Tadoussac. Départ pendant la marée montante, 2 heures avant l’étale et le jusant. Le but de l’opération étant plutôt simple : éviter de transporter nos kayaks lourds pour sortir de l’anse à la Passe-Pierre et arriver à une marée haute sur la plage de Tadoussac.

 

Cette journée sera la plus relax et la plus zen de ce voyage. Pas de vents, pas de vagues et un superbe soleil. À maintes reprises, c’est la pause pour prendre des photos ou fumer une cigarette. Radeau en plein milieu du fjord, nous nous laissons porter par le courant. Nous savourons ces derniers instants. Une fois le cap de la Boule passé, nous apercevons finalement le fleuve au loin et les traversiers. Les parois rocheuses de chaque côté du fjord, cet endroit est vraiment magique.

 

Anse à l’eau, le moment le plus compliqué. Trois traversiers en alternance, il faut se grouiller au départ de l’un pour éviter l’arrivée de l’autre. Si vous avez une radio VHF, il est possible d’écouter les communications des capitaines : « Ouais ! George, t’as des kayaks en arrière de toi. » Je me demande si l’on dérange ou  s'ils sont heureux de voir des kayakistes qui découvrent leur région. Bref, on s’en balance un peu. Ils font leur boulot, nous ne faisons que passer. Direction Baie de Tadoussac et sa plage. Pointe de l'Anse à l'Eau, Pointe de l'Islet, nous allons arriver devant la marina. Fait à noter, il peut y avoir beaucoup de circulation. Jeter un petit coup d'oeil au tournant du quai n'est pas à négliger, car c'est le lieu de départ de plusieurs expéditions pour aller observer les baleines.

 

Pas trop besoin de marcher sur la plage, nous sommes en pleine haute mer. Ainsi se terminera mon premier fjord au complet. Si les garçons embarquent leurs kayaks et se lancent immédiatement sur Montréal, la copine m’invite pour quelques jours visiter le Paradis Marin. Vive la mer…